L'accouchement à domicile

Un parcours hors norme...

Dès la confirmation de la grossesse, il est laissé peu de place au questionnement sur le choix du lieu de naissance. Prendre la décision d’accoucher à domicile c’est s’engager sur un chemin de traverse, décider de faire confiance à son bébé et à sa propre capacité à donner la vie. Être plus libre signifie ici être plus responsable et donc assumer les bénéfices et les risques liés à ce choix.

L’accouchement à domicile est une alternative aux accouchements à la maternité. Ils est destiné aux femmes qui sont en bonne santé et dont la grossesse se passe normalement, qui ont confiance en leur corps et en leur sage-femme et qui veulent accoucher dans des conditions naturelles et peu médicalisées.

Cependant, la demande d’accoucher à domicile n’est culturellement pas acceptable dans une société qui a fondé le tout sécuritaire sur le tout technique. Pour confirmer leur position, les détracteurs s’appuient sur des statistiques fantasmées d’un temps révolu ou sur celles des pays « sous-développés ».

Pourquoi faire le choix d’un accouchement à domicile ?

« Il existe des preuves solides que l’accouchement en dehors de l’hôpital soutenu par une sage-femme est sans danger et constitue une expérience privilégiée pour de nombreuses mères. Les femmes ne devraient pas être privées de ce choix en raison de l’absence d’un cadre réglementaire adéquat qui permette aux sages-femmes d’exercer leur profession dans tous lieux où les femmes choisissent d’accoucher. »

Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique 2012

Voici quelques unes des raisons évoquées par des parents qui ont fait le choix d’accoucher à domicile :

  • Le besoin d’être pleinement actrice de la naissance de son enfant.
  • Pour évoluer dans un environnement familier, être dans un lieu dont nous connaissons les odeurs, les couleurs et les textures.
  • L’envie d’être libre de ses mouvements pendant le travail.
  • Avoir la liberté de boire et manger pendant le travail.
  • Pour faire de l’accouchement un événement familial. Être entouré des enfants plus grands.
  • Parce qu’on souhaite avoir un accouchement physiologique, sans péridurale ou autre aide médicamenteuse.
  • Pour que le nouveau né soit manipulé par des mains connues dont la voix et l’odeur lui sont familières.
  • Parce qu’on ne se sent pas à l’aise à l’idée de rester à la maternité / hôpital / clinique plusieurs jours.
  • Pour ne pas revivre l’expérience négative d’un accouchement qui a été mal vécu en structure classique (épisiotomie, forceps, manque d’intimité, trop d’interventions ou gestes sur la mère et l’enfant, etc.)

Quelques soient les motifs, il est important de se sentir bien où l’on accouche. Certaines femmes seront rassurées par le personnel et le matériel hospitalier alors que d’autres le seront dans leur intimité.

Praticiens et femmes enceintes ont tous en commun de considérer la grossesse et l’accouchement comme des actes naturels et non comme un acte médical  qui implique le déplacement à l’hôpital. Ils sont pensés et vécus comme des événements physiologiques qui, dans la plupart des cas, ne nécessitent pas d’intervention médicale mais seulement un accompagnement.

La notion d’accompagnement global est fortement défendue par les praticiens de l’accouchement à domicile. Cela veut dire que la même sage-femme suit la future mère avant, pendant et après l’accouchement. Cet accompagnement dure presque une année durant laquelle, un lien très fort se créé entre la sage-femme, la future mère, le couple.

« Un seul praticien, la sage-femme libérale, assura me surveillance médicale de la grossesse lors des consultations prénatales, propose des séances de préparation à la naissance, surveille et est responsable de l’accouchement, de la naissance, effectue les soins postnataux de la mère et de l’enfant. »

Définition de l’Association Nationale de Sages-Femmes Libérales

L’accouchement à domicile n’est pas interdit en France cependant, depuis 2002 la loi Kouchner oblige les professionnels de santé à souscrire une assurance Responsabilité Civile Professionnelle. Depuis cette loi, soit plus de 15 ans, plus aucun assureur en France ne couvre les risques d’activité d’accouchement à domicile dans ses contrats de Responsabilité Civile Professionnelle (RCP).  En l’absence de RCP/PJ, c’est aux sages-femmes de financer elles-mêmes leur frais de défense en cas de besoin.

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Entre leurs mains (2014)

Céline Darmayan

En France, le choix de cette alternative prend, aujourd’hui, la forme d’une lutte. Même si cette pratique n’est pas officiellement illégale, les préjugés sont tenaces. Les sages-femmes sont soumises à des pressions administratives sans cesse plus étouffantes, tendant à faire disparaitre une des dernières alternatives à l’accouchement médicalisé.
Muriel, Jacqueline, Sidonie et Cécile accompagnent des personnes qui souhaitent donner naissance à domicile. Ces sages-femmes nous invitent à découvrir leur pratique et leur vision de la venue au monde.

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L'Arbre et le nid

Valérie POUYANNE

Véritable parti pris pour les maisons de naissance et la pratique des sages-femmes, L’arbre et le nid montre de façon très intime et émouvante différentes manières d’accoucher. Mettre un enfant au monde est la chose la plus naturelle qui soit. Pourtant, les femmes d’aujourd’hui éprouvent quantité de problèmes, affirment les statistiques.
Les femmes ont-elles perdu leur capacité à donner naissance de façon naturelle, comme l’ont fait avant elles leurs mères et grands-mères ?
A l’heure où les sages-femmes luttent pour revendiquer une meilleure reconnaissance de leur cœur de métier ainsi que de leur statut, à l’heure du passage de la loi pour l’expérimentation des Maisons de naissance en France, à l’heure de la « mise à mort » de l’accouchement à domicile, dans cette actualité si mouvante et si riche, le débat s’ouvre pour connaître les différentes possibilités de mettre au monde (à l’hôpital, en plateau technique, en Maison de naissance, à domicile…) et soulever des questions fondamentales autour du sujet universel de la naissance telles que « permettre aux femmes de connaître leur corps et être actrices de leur accouchement », « bénéficier pour les couples du libre choix de leur lieu d’accouchement et façon de mettre au monde leur enfant ».

Quelques chiffres

Le site de l’APAAD – Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile, vient de publier un sondage Ifop de janvier 2021 où 17% des femmes de 18 à 45 ans déclarent  « tout à fait » souhaiter accoucher à domicile si c’était possible et 19%  « plutôt oui « .

Alors que seule 0.3 % des françaises peuvent accéder à ce service chaque année (cf. rapport APAAD 2018) ce sont donc plus d’un tiers qui auraient souhaité en bénéficier.

Des obstacles majeurs tel qu’un climat coercitif à l’encontre des sages-femmes pratiquant l’AAD, l’impossibilité de s’assurer pour cet exercice ou l’opposition des corporations médicales sont à l’origine de cette différence.

L’APAAD œuvre depuis 3 ans pour faire évoluer la situation et dénonce les propos fallacieux trop souvent propagés contre ce mode d’accouchement ainsi que la situation de notre pays qui limite la liberté des citoyennes de l’hexagone. »

Par ailleurs, l’APAAD a publié le 1er état des lieux de la pratique des Accouchements Accompagnés à Domicile (AAD) en 2018, un document très intéressant que vous pouvez consulter ICI